Je souhaite commencer par une courte présentation avant de vous parler de mon expérience au Népal et de ma vision des chiens qui vivent dans ce pays. Je m’appelle Romy, cela fait 26 ans que je vis avec des chiens en vouant ma vie pour eux. Tout naturellement, je me suis donc dirigée professionnellement vers un métier en lien avec les animaux.

Aujourd’hui, je suis formatrice dans le domaine animalier, rédactrice d’articles pour le blog de Nature de chien, éleveuse de Caniche et conseillère en comportement canin.
Cependant, j’ai débuté mes expériences dans le toilettage canin, les refuges, les pensions, l’élevage puis le comportement et l’éducation canine. Voilà 10 ans que j’ai été formée chez Nature de Chien et que j’ai rencontré Chloé Fesch. Ce détail a toute son importance puisqu’avec l’aide de « Nature de Chien World », une association créée pour aider les chiens du monde, j’ai pu apporter des produits de soins pour les chiens de Katmandou.
Il y a quelques temps, Chloé est partie en Inde et au Népal pour se rendre compte des besoins des chiens de ces pays. C’est donc en toute confiance que j’ai pu aller faire la rencontre de l’association « Dog Street Care » de Katmandou avec qui elle avait déjà eu contact.
Tous les samedis, cette association donne rendez-vous au stupa de boudhanath pour soigner les chiens errants, mais aussi les chiens des Népalais.
Avant de partir…
Mon voyage était avant tout personnel. Cependant, mon besoin d’aider les chiens du monde a toujours été présent. Et je ne pouvais pas rater une telle occasion de pouvoir enfin réaliser ce rêve.

Avec « Nature de Chien World », nous avons créé une cagnotte et contacté l’association de Katmandou pour connaître leurs besoins. J’ai ensuite demandé à mes organisateurs de voyage et compagnons de route afin de savoir s’ils étaient partants pour m’aider dans ce projet. Tous ont été sensibles à la cause animale, merci à eux.
Le problème principal des chiens du Népal reste les maladies de peau en tous genres. Ils se grattent énormément. Ils ont alors des zones de plaies et des pertes de poils, sans doute dû aux parasites et au manque d’hygiène.
L’association « Dog Street Care » a surtout besoin d’antiparasitaires sous forme de cachets, pipettes ou shampoings et des crèmes cicatrisantes. En plus de « Nature de Chien World », j’ai fait appel à mon réseau de connaissances dans le secteur animalier. Ceci m’a permis de récolter de nombreux médicaments vétérinaires ainsi que des soins pour la peau, les yeux et les oreilles.
Tout cela est arrivé au dernier moment, juste à temps pour boucler ma valise. J’ai transporté pas moins de 18kg de matériel pour l’association de Katmandou. Il a fallu être très confiante pour réussir à passer les douanes sans soucis. J’avoue que mes comparses ont été bien plus inquiets que moi à ce sujet.
Rencontre avec les chiens Népalais et l’association “Dog Street Care”
Dès notre arrivée, à peine les valises posées à l’hôtel, nous avons été arpenter les rues de Katmandou. J’ai donc été directement plongée dans le bain et l’effervescence de cette ville. J’ai pu alors apercevoir de nombreux chiens déambulant ou couchés à tous les coins de rues.

L’analyse des comportements canins ne s’est pas faite à cet instant. La fatigue du voyage et la claque de cette nouvelle culture qui se dévoilait à moi m’ont demandé de prendre un peu de recul pour me faire une opinion sur la vie de ces chiens. Ce premier soir, j’ai alors seulement vu que les chiens semblaient tranquilles et bien acclimatés à leur environnement. Que beaucoup d’entre eux dormaient et qu’ils n’étaient pas maigres.
Le lendemain matin, avec mes compagnons de voyage (que je remercie encore profondément) et la valise remplie de médicaments, nous nous sommes rendus au plus grand stupa (traduit par « mont ») du Népal.

L’association « Dog Street Care » était présente avec son petit stand sous un parasol coloré. Ne parlant pas anglais ni népalais, mes amis m’ont aidé à traduire mes échanges avec les bénévoles de l’association. Des personnes extrêmement bienveillantes, comme tous les Népalais que j’ai pu rencontrer.
J’ai alors pu les voir à l’œuvre en train de brosser les chiens, qui semblaient apprécier cette attention. Des personnes avec un chiot ont également pu profiter d’une consultation gratuite avec le vétérinaire qui était présent.

Autour de ce stupa, les chiens sont nombreux à vivre en toute sérénité. Katmandou compte plus de 80 000 chiens, c’est dire la valeur précieuse de la présence de cette association pour les aider à mieux vivre.
Les autres chiens du Népal, en dehors de Katmandou
Au cours de mon séjour, j’ai pu visiter différents endroits du pays. Des lieux plus calmes et moins tumultueux que Katmandou. D’ailleurs, certaines scènes de vie, entre chien et humain, seront gravées à jamais dans ma mémoire.

De la malveillance vis-à-vis des chiens, je n’en ai jamais vu. Par chance, je ne déplore pas plus de bagarre entre chiens. Certains pouvaient se toiser par moment, mais ils finissaient toujours par trouver une conciliation.
Au Népal, 90% des chiens que j’ai pu observer vivaient librement. Seulement une minorité de chiens étaient attachés ou dans des jardins clôturés. Je compte sur les doigts d’une main les chiens de race : 1 Saint Bernard, 1 Dalmatien, 1 Carlin, 1 Bulldog Anglais, 1 Golden Retriever. Le reste des chiens sont des corniauds qui pèsent entre 10 et 25 kg.
On ne peut pas faire abstraction de la façon de conduire des Népalais, elle a un lien aussi avec les chiens errants. Le klaxon pour les Népalais sert d’avertisseur sonore. Cela leur permet donc d’avertir qu’ils arrivent ou qu’ils veulent dépasser. Les chiens (et les gens) ont donc l’habitude de se pousser quand ils l’entendent.

Les chiens qui dorment sur les bords de route sont contournés et les chiens qui traversent sont évités. Bien souvent, notre appréhension d’occidental nous amène à serrer les dents quand on voit chien traverser un carrefour. Mais au Népal, le lâcher prise est de mise et au final, ça passe toujours.
Des chiens de compagnie au Népal ?
J’ai aussi eu l’occasion durant mon voyage de partager le quotidien des Népalais. C’est là que j’ai pu côtoyer des chiens davantage destinés à la compagnie. Bien que certains vivent en parfaite liberté la journée, ils sont câlinés et chouchoutés dès qu’ils rentrent à la maison. Il n’est donc pas rare de voir des chiens traîner dans les rues portant un collier.

Dans un monastère bouddhiste où j’ai passé une nuit, j’ai contemplé un moine jouer à la bagarre avec un chien errant. Dans le bus qui nous ramenait de Pokhara à Katmandou, j’ai aussi vu une femme faire un câlin à un chien des rues qui était en demande. Elle s’est arrêtée quelques instants et le chien s’est à nouveau blotti contre elle pour qu’elle continue, elle l’a donc à nouveau caressé.
Ce pays vit en harmonie avec l’espèce canine. D’ailleurs, une fête nationale leur est dédiée chaque année. Les chiens sont vénérés car ils sont considérés comme des messagers de la mort. La fête se nomme le « kukur puja » célébré le deuxième jour du festival de Tihar chez les hindouistes.
Qu’est-ce qui a changé dans ma vision du chien ?
Voilà déjà quelques années que je me rends compte du contrôle souvent poussé à l’extrême que l’on inflige à nos chiens européens.
A titre personnel, j’ai moi-même été très exigeante et contrôlante avec mes premiers chiens. Aujourd’hui, pour les derniers arrivés chez moi, je leur laisse beaucoup plus de liberté. Je leur demande seulement le strict nécessaire pour la sécurité et pour qu’ils vivent au mieux nos contraintes d’humains.
Certains de mes chiens ne savent donc ni s’asseoir ni se coucher, car cela n’est nullement nécessaire. En revanche, ils connaissent le rappel, la marche en laisse et la patience. A titre d’exemple, je n’utilise plus l’ordre « assis » pour apprendre à un chien à ne pas bouger. Je lui laisse le choix d’attendre dans la position qui lui convient, et ça fonctionne très bien.

Pour en revenir aux chiens du Népal, j’ai remarqué que contrairement aux chiens que je peux voir dans les rues de France, les chiens Népalais n’ont pas montré de problème de comportement tels que de la réactivité ou de l’agressivité.
De par mon métier, j’ai bien souvent remarqué que les problèmes des chiens étaient principalement en lien avec l’humain. Je savais au fond de moi que sans l’humain, le chien allait bien. Mais cette fois-ci, je l’ai vu de mes propres yeux.
Pour conclure,
Evidemment, il est impossible de faire vivre les chiens français comme ceux du Népal. Je veux juste qu’on se rende compte que le chien a une vraie intelligence de savoir-vivre et il est aussi capable de faire les bons choix pour lui. Offrons lui simplement une guidance qui lui permet de prendre les bonnes décisions et laissons lui suffisamment de libre-arbitre pour qu’il puisse être le plus épanoui possible.

Pour résumer, je reprends une phrase de Ghandi : “On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités”.
Le Népal est donc un grand pays. Merci.
Romy Crétiaux
Pour en savoir plus sur Nature de Chien World, c’est par ici que cela se passe ! Vous pouvez également continuer votre lecture sur notre blog avec cet article complet sur le métier d’éducateur canin.


